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Mots de Femme

Les mots sont la danse de la vie qui parle en moi
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Une histoire de danse ...( à suivre )


    

 


LA PORTE ...44 ( suite et fin )





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*44*

 

-   Bonjour fit Michèle, accueillant Daniel sur le quai, avec un large sourire et les yeux pétillants.

-   Bonjour madame St-Germain, fit-t-il à son tour.

-   Vous pouvez m’appelez Michèle vous savez, dit-elle avec un petit clin d’œil.

Il ne la voyait plus de la même façon après avoir écouté son père lui raconter leur possible rencontre pendant leurs états de ‘’ coma ‘’ respectifs. Le peu que Catherine lui avait raconté des bizarreries que sa mère avaient pu dire durant ce sommeil involontaire,  ressemblait drôlement au cafouillage de son père pendant ses moments de délires. Daniel ne pouvait plus faire semblant de croire ce dernier. Il  s’ouvrait tranquilement à cette  possibilité de rencontre dans un monde parallèle .

-   Ça va Michèle ? Vous êtes toutes prêtes ? ajouta-t-il en jetant un regard vers la maison.

-   Oui …''je'' … suis prête Daniel, précisa Michèle.

-   Votre mère et Catherine ne viennent pas à ce que je vois, fit-il tentant de pas trop laisser voir sa déception.

-   Non…pas cette fois, fit-elle avec tendresse.

-   Je comprends, fit ce dernier. Vous avez sans doute raison…Oui c’est mieux comme ça pour cette retrouvaille on ne peut plus, spéciale. Mais …fit Daniel hésitant et fronçant les sourcils, comment pouvez-vous être certaine que c’est mon père l’homme avec qui vous avez communiqué. Lui n’est pas totalement convaincu...pas encore. Il ne m’a pas tout raconté dans les détails mais je crois qu’il attend d’être seul avec vous pour vérifier une dernière chose. J'y pense tout à coup, il avait prévu que vous voudriez venir seule…!

-   C’est lui qui vous a dit ça ? Bien sûr…suis-je bête. Je crois que je suis un peu énervée ou plutôt excitée par cette rencontre. Ce midi je n’ai pas voulu parler de tout cela devant vous et…

-   Ah bon…Je comprends maintenant pourquoi nous n’avons pas vu votre auto au village. Mon père s’inquiétait et se demandait si vous n’aviez pas eu d’autres ennuis. Il se rapprocha de Michèle et lui mit les mains sur les épaules. Je tiens à vous rassurer d’une seule chose ; tout ce que je souhaite , c’est le bonheur de mon père et son total rétablissement ; à tous les points de vue. Je ne suis pas médecin ni psychologue, et je ne veux surtout pas vous juger ni l’un ni l’autre. Si mon père a trouvé en vous son âme-sœur, que je croie à votre expérience commune n’a strictement aucune importance, et je suis presque certain que Catherine pensera comme moi quand elle saura.

-   Elle sait, je lui ai tout raconté cet après-midi. Moi non plus je n’ai pas insisté sur les détails, mais comme vous Daniel, elle en sait assez pour comprendre que cette rencontre, ou retrouvaille comme vous dites, est l’aboutissement d’une quête profonde. C’est très spécial ce vers quoi, ou vers qui, la vie nous amène parfois…Si on cherche trop à analyser ou comprendre, on risque de tout gâcher. Les désirs profonds du cœur, ceux-là même que nous n’osons pas trop écouter ou trop mettre en action parce que notre éducation ou nos vieux principes nous l’interdisent, nous rattrapent; fort heureusement …Sinon nous ne serions que ces coquilles à moitié vides, à regretter toute notre vie de ne pas les avoir laissé vivre jusqu’à les faire se matérialiser dans cette vie-ci.

Daniel avait écouté Michèle religieusement. Il était fasciné par sa profondeur et sa lucidité. Il lui prit le bras :

-   Allons-y Michèle, ordonna-t-il en souriant, ne le faisons pas attendre plus longtemps.

Ils quittèrent le quai de la maison St-Germain. Le ciel était magnifique. Michèle se sentait si heureuse et en paix ; elle ferma les yeux pour mieux s’abandonner à la caresse du vent dans ses cheveux et  sur son visage. Elle voulait s’abandonner totalement et ne plus penser à toutes ces supercheries qui avaient mis en danger son destin avec Sian. Lorsque Daniel  mit le moteur au point mort à l’approche du quai, son cœur se mit à battre de plus en plus vite. Il prit son bagage et l’aida à descendre du bateau. Lorsque qu’elle remarqua les flambeaux allumés le long du quai, Michèle ralentit le pas pour savourer chaque instant. Elle flottait, illuminée, imprégnée d’une si douce chaleur, comme enveloppée de tendresse; tant de souvenirs émergeaient. Daniel remit le moteur en marche et mit le cap sans la saluer, en direction de la demeure des St-Germain. Elle le regarda s’éloigner, touchée par sa délicatesse.

Quand elle se retourna, Michèle aperçut la maison…Elle s’arrêta un instant pour la contempler, elle lui rappelait celle de la petite plage de ce pays de nulle part. De structure très semblable, cette maison où le soleil de cinq heures venait y jeter son feu avait décidé de voyager de ce côté de la vie ; une forteresse, un phare avec unique mission de ramener à bon port les amoureux, les âmes jumelles qui se cherchent depuis des millénaires.

Il était au bout du quai …il l’attendait.

Elle marchait maintenant vers lui, sans le quitter des yeux. Il déposa sa marchette sur le côté et monta sur le quai en s’agrippant au cordage des longues bittes d’amarrage qui longeaient celui-ci. Le cœur de Michèle se serra à la pensée qu’on ait voulu lui faire du mal, n’avait-il pas été assez éprouvé comme cela ?

Il lui sourit…Michèle se retint de fondre en larmes en revoyant ce sourire pour lequel elle avait tellement craqué. Arrivée près de lui, elle se jeta dans ses bras.

Ils pleurèrent longtemps…enlacés …comme ça…incapable de parler, au bout de ce long quai; symbole de ce long chemin qu’avaient traversé leurs âmes …! Ils se regardaient essuyant leurs larmes sous de multiples baisers, tremblant sous l’émotion. Michèle bredouilla …

-   Sian …je…

-   Chut !!!......fit ce dernier très doucement. Il la berça en tenant sa tête dans ses mains. Ne dis rien ajouta-t-il, je suis là maintenant. Plus rien ne nous séparera désormais…plus jamais.

Au bout de quelques instants, Michèle se dégagea de son étreinte pour le regarder, se noyer dans son regard et boire encore à cette source.

Viens Michèle…rentrons à la maison, fit Sian . Il avait été terrifié à la pensée qu’elle ait pu l’oublier ou ne pas le reconnaître lui confira-t-il plus tard en lui remettant un petit boîtier en forme de cœur.

Michèle n’oublia jamais cet instant où il le déposa dans sa main ce soir-là. Elle s'était souvenue dans tous les détails de leur dernière rencontre dans ce monde parallèle et comprit l’aveugle espoir de l’attente dont Sian avait dû faire preuve. Mais tout cela était fini. Ils étaient bel et bien ici, maintenant, sur cette Terre…désormais unis et forts comme jamais . pour tout affronter ensemble

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Dans la nuit ce soir-là…pouvaient entendre, ceux qui sont  ouverts d’esprit, le chant des Étoiles en Myriades…Elles dansèrent pour eux et leur reine,  Étoile  de tous les temps , ''voyageuse'' prenant la forme d’un diamant niché dans un petit boitier en forme de cœur qui reposait à présent sur l’âtre au milieu de cette maison. Devenue le réceptacle de l’union d’Amour d’un homme et d’une femme, elle garde fidèlement, ces deux âmes qui ont cru à leurs rêves au-delà de l’entendement pour oser habiter ce ‘’ Pays où rien est impossible ‘’…..


FIN

 

Manouchka ©

Juin 2009






    
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LA PORTE...43

*43*

 

Daniel accosta vers seize heures trente au quai de la famille St-Germain où Michèle l’attendait déjà. Elle avait déposé par terre un gros sac en paille dans lequel elle avait glissé une bouteille de vin et la tarte aux quatre fruits que Julien avait apporté dans l’après-midi. Ce dernier lui avait confié être très heureux de la tournure des événements.

-   Je ne voulais pas vous parler de tout ça madame Michèle, vous viviez déjà des choses pénibles et je ne voulais pas en rajouter, mais je gardais l’œil sur vous et je n’aurais laissé personne vous faire du mal.

-   Mon Dieu Julien ! Comme vous êtes bien mystérieux tout à coup. Qu’essayez-vous de me dire ? demanda Michèle, inquiète. Vous me faites peur …

-   Comme vous savez je venais régulièrement faire ma ronde pendant votre longue absence pour vérifier que tout se passait bien ici.

-   En effet ...continuez !

-   Et bien…j’ai vu monsieur Philippe avec cette femme. Au fait…c’est la femme de votre voisin, monsieur Leroy, qui a été dans le coma tout comme vous madame Michèle. Elle est infirmière au même hôpital où vous avez été soignée, enfin, c’est ce que j’ai compris en écoutant une de leurs conversations.

-   Que me dites-vous là ?...fit Michèle estomaquée.

-   Ce n’est pas dans mes habitudes d’écouter aux portes mais là …quand j’ai compris qu’il s’agissait de vous et de papiers de notaires…et de curatelle …

-   Un instant Julien, êtes-vous en train de me dire que Philippe aurait essayé de faire modifier certains actes notariés ?

-   Je ne sais pas madame Michèle, mais c’est ce que cette femme lui suggérait puisqu’elle-même venait de le faire pour le cas de son mari qui avait été soigné au même hôpital où elle travaillait. Ils se sont vus à plusieurs reprises par la suite…et…

-   Julien …un instant, je vais m’asseoir. Ces fleurs attendront bien un jour ou deux encore avant qu’on ne les coupe.

Tout se bousculait dans sa tête, la nausée lui montait à la gorge ; des bribes de conversations de Catherine et sa mère remontaient de sa mémoire. Les avait-elle entendues pendant son coma ou après, elle n’était plus certaine…Catherine avait semblé méfiante envers cette infirmière qu’elle avait vue en compagnie de son père à la cafétéria et sa mère dont l’expression changeait de but en blanc quand elle lui parlait de Philippe. Savaient-elles ? Et Sian qui avait été soigné au même hôpital et en même temps ?...Mon Dieu...si près...

-   Seigneur, moi qui croyais avoir été au bout de mes surprises, fit Michèle démontée.

-   Il fallait que vous sachiez madame Michèle, fit Julien attristé de provoquer tant d’émois.

-   Mais pourquoi donc ? me dites-vous cela maintenant, aujourd’hui ?

-   Je sais que vous allez le voir ce soir...Il est complètement lessivé…sa femme lui a tout…

-   Ne dites plus rien Julien, j’ai compris. Michèle se leva, consternée par cette découverte. Elle se rappela la tristesse de Daniel quand il avait parlé de sa mère.

-   Le père de ce jeune homme s’est battu pour récupérer la maison sur le lac ; il y tenait comme à la prunelle de ses yeux.

-   Mais comment savez-vous tout cela ? Vous les connaissiez aussi intimement ?

-   Daniel est venu souvent à l’auberge, acheter des victuailles et il m’avait dit travailler à la construction de rampes d’accès pour son père et aussi un quai. Nous avons sympathisé tout de suite et je lui ai proposé mon aide puisque j’avais fait quelque chose de semblable ici, à l’auberge vous comprenez ?

-   Je vois, fit Michèle. Est-ce que Catherine ou ma mère sont au courant de tout cela ?

-   Votre mère seulement …Je lui ai tout raconté ce matin pendant que vous étiez partie au village. Daniel avait téléphoné pour m’avertir qu’il viendrait chercher quelques outils dont il avait besoin avant de passer chez le notaire avec son père…Voilà madame Michèle, j’espère que vous n’êtes pas fâchée, je suis désolé de vous avoir mis dans cet état.

-   Mais non mon ami, rassurez-vous tout de suite…Non au contraire…Je vous remercie de m’avoir dit tout cela…La vie me prouve encore une fois que toute vérité finit par sortir au grand jour; on y échappe pas.

-   Non ma chérie, on y échappe pas, fit madame St-Germain qui approchait.

-   Maman ? …Julien vient de me raconter pour le père de Daniel, c’est affreux !

-   Je sais ma chérie, mais rassied-toi, il y a autre chose qu’il faut que tu saches …Julien , laissez-nous voulez-vous ?

-   Bien sûr, je vais travailler sur la terrasse si vous avez besoin de moi.

-   Je n’ai jamais vu un homme aussi dévoué Michèle, il vous aime comme ses enfants toi et Catherine.

-   Oui...je l'aime beaucoup aussi....Maman…qu’est-ce qui se passe, fit-elle angoissée, est-ce que cela peut attendre ? Tu sais que je vais souper ce soir et…

-   Non, ça ne peut pas attendre ma chérie. Je n’en ai pas pour longtemps, la rassura madame St-Germain. Cette femme, enfin la femme de Sian,  t’infiltrait une solution à haute teneur saline à même le soluté qu'on t'avais mis pendant que tu étais intubée.

-   Quoi ? …

-   Cela ne mettait pas ta vie en danger Michèle mais ... C’est elle, cette chipie qui avait proposé cette solution à Philippe pour prolonger assez longtemps ton coma pour qu’il puisse mettre la main sur une partie de ta fortune et certains droits de propriété. Ce denier avait accepté en autant que cela ne mettait pas ta vie en danger, je tiens quand même à le préciser même si je déteste ce voyou.

-   Mon Dieu maman ….et comment as-tu su tout cela toi-même ?

-   Par le Dr Pelletier. Il ne trouvait anormal ce taux de sel  dans ton sang. Il a fait son enquête et à ma demande, il ne t’a rien dit….voilà.  Je résume Michèle et je tiens à préciser que tu n’as plus rien à craindre maintenant, ces deux filous sont dénoncés sinon je ne partirais pas tranquille en voyage.

-  Et moi…quand aurais-je su tout cela ? …Je suis concernée tout de même, fit Michèle déboussolée. Je ne suis plus certaine d’avoir faim...et Sian...

-  Voyons ma chérie, je t’aurais tout dit à mon retour et Julien me jure qu’il veillera sur toi comme un père. Et surtout ne cancelle pas ce souper …comme tu disais si bien à Julien quand je suis arrivée, tout arrive à point…Continue de faire confiance Michèle. Je sais… après tout ce que je viens de te dire …ça te demandera beaucoup de persévérance.

-   Et Catherine ?  Mon Dieu quand elle va savoir tout cela, comment va-t-elle réagir ? Elle va être tellement déçue de son père…pauvre Catherine…

-   Comment ça pauvre Catherine !!! s'exclama madame St-Germain mécontente …  Et toi ?...Tu ne penses pas à toi là-dedans ? Quand vas-tu finir par comprendre que penser à toi n’est pas un péché ? …Est-ce que je cancelle mon voyage moi ? …Je sais ce n’est pas facile de se choisir ma chérie...mais pour l’amour du ciel, va à ce rendez-vous et oublie tout le reste. Catherine est beaucoup plus forte que tu ne crois. Pendant tout ce temps où tu étais malade, elle a fait preuve d’un courage que j’ai rarement vu dans ma vie. Et figures-toi que la vie s’occupe d’elle aussi autant que de toi et moi…et Julien et tout le monde.Qui sait si ton expérience avec Sian n’a pas ouvert la voie pour Catherine et Daniel également.

-   Mon Dieu maman, tu m’étonneras toujours ...Tu as tellement raison …Tu as toujours eu raison, sur tout…pardon ….Je t’aime tellement…Merci ! termina Michèle en prenant sa mère dans ses bras et laissant encore une fois libre cours à ses larmes; libre cours à cette lourdeur de tant de mystères élucidés en une seule journée...Elle pensa à Sian qui avait été, tout comme elle, victime de supercherie...

-   Va te préparer ma chérie, ordonna tendrement madame St-Germain ...C'est bientôt l'heure...!

Manouchka ©


LA PORTE ... 42

*42*

 

-  Voilà maman, observa Catherine. Elle a fait vite dis-donc !

En effet, acquiesça madame St-Germain d’un ton différent de celui de Catherine. Elle connaissait sa fille suffisamment pour la ‘’ piffer ‘’ et deviner qu’il se passait quelque chose d'anormal. Juste à voir sa façon de sortir de l’auto et en plus les mains vides, sans ses emplettes qui, au dire de sa fille, étaient une priorité.

Pendant ce temps Daniel et son père entraient chez le notaire à l’heure pour leur rendez-vous. Durant le reste du trajet ni l'un ni l'autre n’avaient prononcé un seul mot. Daniel n’avait pas osé demander des comptes à son père sur son attitude envers la mère de Catherine ; attitude qu’il avait jugée presque insolente par moments. Dans la salle d’attente, il ne put s’empêcher de lui poser quelques questions sur ce nouveau comportement qu’il ne lui avait jamais vu ou si rarement.

-  Je t’ai trouvé bizarre papa avec la mère de Catherine. J’espère que tu n’étais pas choqué de l’accident qu’elle a provoqué ? osa Daniel.

-  Non pas du tout. Elle m’intrigue beaucoup cette femme, ajouta-t-il. J’ai eu l’impression qu’elle lisait dans mes pensées ; c’est sans doute pour cela que j’ai glissé quelques blagues dans la conversation. Tu sais combien je déteste qu’on essaie de me contrôler ? taquina-t-il encore une fois. 

-  Qu’est-ce qui t’as pris enfin ? insista Daniel hochant de la tête, découragé . Et ton nom ‘’ Shawn ‘’, pourquoi ne pas lui dire ton vrai nom ? Ce n’est pas un drame de s’appeler Sian, c’est rare oui mais…

-   Daniel !…Chaque chose en son temps. Cette femme venait de provoquer un accident. Jai tout simplement voulu qu’elle se détende. Et j’avais écouté Shawn Philips toute la matinée et quand j’ai vu cette femme j’ai tout de suite pensé à la chanson ‘’ Woman ‘’ de ce chanteur…et voilà …le nom est sorti tout seul.

Sian mentait à moitié. Il voulait gagner du temps pour chercher une façon d’éviter de tout lui révéler.

-   Qu’est-ce que tu veux dire chaque chose en son temps ? fit Daniel confus. Il regarda son père avec tendresse en voyant son air d’adolescent sur le retour.

-   Elle te plaît beaucoup n’est-ce pas ? ajouta-t-il…Je te comprends, soupira Daniel.   

Sian comprit que son fils faisait allusion à Catherine. Il avait deviné ses sentiments l’après-midi même en les voyant ensemble. Il avait aussi trouvé que cette jeune fille lui rappelait quelqu’un sans pouvoir mettre le doigt dessus jusqu’à ce qu’elle raconte que sa mère revenait d’un long coma suite à un accident de voiture et aussi ses allées et venues dans ce monde parallèle ; il commençait à penser qu’elle pouvait bien être cette femme qu’il avait rencontrée lors de ces mêmes voyages. Un sentiment de ‘’connu ‘’ l’avait fortement bousculé quand il avait vu Michèle marcher en bordure de la route. Sans avoir avec exactitude les mêmes traits, la présence était tout à fait la même. Comme si l’âme de cette femme et la sienne se soudaient à nouveau, s’emboîtaient ; c’était comme retrouver quelque chose qu’il avait perdu. Avait-elle ressenti la même chose en le voyant ? Il avait reconnu la lueur derrière ses yeux à son approche.

Tiré de ses réflexions par la secrétaire qui vint les chercher dans la salle d’attente, Sian se promit d’en dire plus à son fils sur le chemin du retour. De toute façon il lirait son roman tôt ou tard.

***

 -   Qu’est-ce que tu fais ici ? demanda madame St-Germain à sa fille rouge d’émotions. Qu’est-ce qui se passe pour l’amour du ciel ?

 Michèle regarda Catherine puis sa mère tour à tour. Elle arpenta la cuisine de long en large puis s’assit à la table où elles étaient déjà attablées à siroter un thé aux abricots et un cake au citron.

-   Calme-toi voyons, tiens prend aussi une tasse de thé, fit Catherine joignant le geste à la parole en versant une tasse pour sa mère. Tu as pris tes médicaments ce matin ?

-   Maman …fit Michèle en reprenant son souffle.

Elle se leva et vint se mettre à genoux devant sa mère appuyant les mains sur ses genoux que recouvrait un tablier blanc qu’elle mettait pour travailler à la cuisine.

-   C’est lui maman…J’en suis convaincue…mais lui ne sait pas qui je suis…ou peut-être l’a-t-il deviné…je ne sais plus …

Madame St-Germain était émue et un peu inquiète de voir sa fille dans cet état d’euphorie.

-   C’est magnifique ma chérie …mais comment peux-tu affirmer cela tout à coup ? Tu lui as parlé ? Tu l’as vu ?

-   Mais de quoi et de qui parlez-vous toutes les deux, fit Catherine qui ne comprenait rien à leur charabia.

-   J’ai eu un accident, continua Michèle ignorant la demande de Catherine. Rien de grave s’empressa-t-elle de préciser. Aveuglée par le soleil dans un tournant, j’ai brusquement freiné pour éviter une auto et la voiture qui me suivait m’a rentré dedans. C’était Daniel au volant avec son père du côté passager. Michèle se releva et s’assit à la table. Elle prit une gorgée de thé …

-   C’est du père de Daniel dont tu parles depuis tout à l’heure ? questionna Catherine.

-   Daniel nous a présenté et quand je me suis approchée et qu’il est sorti du camion et qu’il a retiré ses lunettes de soleil, j’ai eu comme une impression de …de…de..recevoir quelque chose de lui…comme une onde invisible qui rencontrait la mienne…

-   Est-ce que quelqu’un va enfin me dire ce qui se passe? On dirait que vous êtes en train de répéter les rôles d’une pièce de théâtre de science-fiction. Je peux savoir de quel roman il s’agit…? Grand-mère je t’en prie, tu es encore lucide toi …Explique-moi, supplia Catherine.

-   Ce n’est pas à moi de te dire tout ça ma chérie …Michèle je te laisse avec Catherine…Elle a le droit de savoir…Je crois que tu peux lui faire confiance, fit madame St-Germain en sortant de la cuisine.

Manouchka  ©

 


LA PORTE...41

*41*


C’est une Catherine toute excitée qui se présenta devant Michèle et sa mère. Elle avait encore l’anorak de Daniel sur le dos et à voir son expression Michèle put comprendre que sa fille était devenue amoureuse de ce jeune homme. 

-   Que se passe-t-il Catherine ? interrogea Michèle, te voilà toute …

-   Maman …Tu ne devineras jamais ...J’ai fait la connaissance du père de Daniel ; il est fantastique maman ! Tu devrais voir leur maison ; on dirait une étoile qui a voyagé à travers le temps, enfin c’est ce qu’il raconte.

-   Voilà pourquoi vous avez mis tout ce temps pour revenir, sourit madame St-Germain.

-   Vient-il souper avec nous cet ''original '' ? demanda Michèle intriguée.

-   Non…enfin oui …mais … je veux dire c’est lui qui nous invite…tous. Il nous invite tous à souper chez lui. J’ai tout se suite accepté; je suis certaine maman qu’il va te plaire; il me fait penser à toi maman, ajouta Catherine, c’est fou ; les mêmes expressions, la même logique, le même humour. Toi aussi grand-mère tu es invitée, tu vas venir n’est-ce pas ?

-   Oui j’avais compris ma chérie, j’ai bien hâte de le connaître moi aussi précisa cette dernière. Qui sait quel mystère pourra-t-on élucider ajouta-t-elle, en direction de Michèle.

-   Mais pourquoi ne vient-il pas ici ? questionna cette dernière.

-   Il vient à peine de commencer à se porter sur ses jambes. Il se déplace avec une  '' marchette '' depuis seulement une journée tu comprends. La seule pensée de devoir se rassoir dans son fauteuil roulant l’horripile.

-   Je vois, fit Michèle

-   Pouvons-nous aider à préparer le repas ou peut-être apporter quelque chose ? demanda madame St-Germain.

-   J’y avais pensé mais ils ne veulent rien entendre. Daniel est très bon cuisinier à ce que dit son père. Et lui-même paraît-il se débrouille super bien mais depuis son accident il avait laissé Son fils s'occuper de la cuisine.

-   Bon…et bien faisons ce que demandent ces hommes. Je vais apporter quand même une bonne bouteille de vin, insista Michèle et cette magnifique tarte aux quatre fruits que Julien nous a laissé hier matin.

-  Maman, n’en fait pas trop …S’il te plaît, implora Catherine.

-  Ta mère a raison ma chérie, on n’arrive pas comme ça les mains vides; un petit cadeau d’hôtesse est toujours de mise, approuva madame St-Germain.

-  Merci maman fit Michèle, alors c’est réglé. À quelle heure sommes-nous attendues ?

-  Pas avant dix-neuf heures, ils doivent se rendre au village pour une affaire très importante. Un rendez-vous chez le notaire à ce que j’ai pu comprendre.

-  Ok... Nous prendrons une collation vers dix-sept heures pour tenir jusque là. Quelqu’un a besoin de quelque chose ? Je m’en vais au village pour une affaire très importante aussi; mon imprimante a soif et le garde-manger s’appauvrit.

-   Non merci ! Firent en chœur Catherine et sa grand-mère. N’oublie pas de faire le plein à la station près de l’auberge conseilla Catherine, le réservoir est presque vide.

Michèle roula lentement pour admirer le paysage qui défilait devant ses yeux. Cette région était si magnifique. Elle regretta de n’être pas venue pendant toutes ces années . La vue des montagnes et le ciel si bleu rajoutait à la joie intérieure qui l’habitait depuis son réveil ce matin-là. Le soleil l’aveugla soudainement après un tournant, elle tenta de baisser le pare-soleil mais ses lunettes solaires qu’elle avait glissé derrière, tombèrent sur son visage et lui fit détourner son attention de la route. Elle évita de justesse un véhicule qui venait en sens contraire; elle mit les freins pour éviter de déraper. Le véhicule qui la suivait heurta le pare-choc arrière de sa voiture. Surprise par cet impact, elle se rangea sur le côté de la route. Trop absorbée par la beauté du paysage, elle n’avait pas vu ce véhicule dans le rétroviseur.

Elle vit dans le miroir de gauche, un jeune homme en descendre et marcher dans sa direction. Il s’arrêta un instant pour examiner son pare-chocs.

-   Vous n’avez rien madame ? S’enquit ce dernier arrivé à sa hauteur.

-   Daniel ? fit Michèle, c’est bien vous ?

-   Madame St-Germain ? Vous n’avez rien ? répéta-t-il. Je suis vraiment désolé.

-   Non …ce n’est pas de votre faute, j’étais dans la lune à admirer le paysage et j’ai été aveuglée par le soleil et mes lunettes qui sont tombées…

-   Tout va bien Daniel ? cria un homme depuis le camion.

-   C’est votre père ? demanda Michèle en se retournant.

-   Oui, nous nous rendions au village. Tout va bien papa, cria à son tour Daniel en direction de ce dernier. Venez je vais vous présenter, proposa Daniel gentiment.

-   J’aurais préféré que ce fut en de meilleures circonstances, répondit Michèle et que je fus plus présentable ajouta-t-elle pour elle-même, en replaçant une mèche de cheveux. Elle sortit de l’auto et suivit Daniel.

Quand il les vit s’approcher, l’homme qui était sur le siège du passager baissa complètement sa vitre.

-   Papa, laisse-moi te présenter Michèle St-Germain ; c’est la mère de Catherine que tu as vu plus tôt.

-   Vraiment ?....Quelle coïncidence ! fit-il à moitié surpris. Il ouvrit la portière du camion et essaya tant bien que mal d’en sortir et se tenir debout.

-   Restez assis je vous en prie, insista Michèle. Catherine nous a dit que vous marchiez depuis peu et je ne voudrais pas qu’à cause de moi vous vous blessiez. Déjà que l’impact a dû vous secouer…

-   Me secouer ? …pas vraiment . Je m’y attendais un peu . Ça faisait un moment que je vous observais. J’ai même dit à mon fils :  ‘’ Cette femme n’a pas l’air de savoir où elle va, elle regarde partout sauf devant elle. ‘’

-   Papa j’t’en prie …Il vous taquine Michèle.

-   Je me présente, fit le père de Michel en retirant ses lunettes de soleil et prenant la main que Michèle lui tendait ; Shawn …je m’appelle …Shawn

-   Papa arrête, répéta Daniel nos voisins vont penser que tu es complètement …

-   Non pas du tout, fit Michèle qui avait réagit en le voyant enlever ses lunettes. Son cœur n’arrêtait plus de s’émouvoir ; chaque mot qu’il prononçait, chaque geste, son expression d’avoir l’air de se moquer de tout. La même grandeur, la même mimique. Et ce prénom qui ressemblait de si près à celui de Sian. Pourquoi avait-il dit ce prénom qui n’était pas le sien d’après Daniel.  Plus elle l’observait, plus elle reconnaissait son énergie, comme si l’âme de Sian était derrière cet homme.

-   Daniel a raison…je vous demande pardon… euh Michèle n’est-ce pas  ? J’aime bien m’inventer des noms comme ça…Je sais ça ne fait pas très sérieux à mon âge mais ce matin je…

-   Pas du tout, ce prénom vous va très bien et…

-   Qu’en dites-vous si on continuait cette conversation au petit café du village ? proposa Daniel. Papa tu vas être en retard pour ton rendez-vous. Je suis désolée Michèle, il faut qu’on y aille et vous avec sûrement des commissions à faire aussi en ville.

-   Oui … Il n’y a  plus d’encre dans l’imprimante et je dois remettre un manuscrit au plus tard le…

-   C’est vrai vous écrivez vous aussi. Catherine m’a parlé de vous et de votre accident. C’est drôle que nous ayons vécu les mêmes choses, presqu’en même temps, fit-il songeur.

-   En effet…fit Michèle hypnotisée par son regard.

Ils étaient là…debout l’un devant l’autre…Michèle avait le goût de crier sa joie et en même temps, elle ne voulait pas tout gâcher. Et Daniel qui était là les reluquant chacun leur tour.  Michèle se sentit soudainement touchée par quelque chose…comme une onde qui venait de Shawn. Il la perçut aussi…Il perçut à son expression, que Michèle avait senti cette onde …comme une chimie fusionnelle. Il fut troublé de cela autant qu’elle. Il se racla la gorge :

-   Bon … Allons-y …Si on veut tous souper à l’heure ce soir, fit Shawn. Vous voulez que Daniel vienne vous prendre avec le camion ?

-   En bateau c’est possible ? demanda Michèle en direction de Daniel. Il paraît que la vue de votre maison est imprenable depuis le Lac.

-   Bien sûr ...je viendrai vous prendre vers 19h00, précisa Daniel.

-   Pourquoi pas plus tôt, proposa Shawn. Le soleil de cinq heures est magnifique et il reflète de façon particulière sur le vitrail de la maison.

Cette remarque chamboula Michèle. Elle le fixa longuement, et lui aussi…Avait-il fait exprès de parler de cela pour voir sa réaction, pensa Michèle. Elle se souvenait que Sian lui avait souvent fait observer la beauté de ce moment de la journée qui était devenu sacré pour eux.

-   Oui…c’est une bonne idée, acquiesça Michèle…Puis elle ajouta en appuyant sur les mots : '' Va pour le ‘’ Soleil de cinq heures ‘’.''

Michèle retourna derrière le volant de sa voiture. Elle s’assit et attendit que Daniel et son père redémarrent et qu’ils fussent hors de son champ de vision. Après avoir retrouvé ses esprits, elle redémarra à son tour et fit demi-tour vers la maison.

 

Manouchka ©


LA PORTE...40

*40*

 

 

Madame St-Germain regardait sa fille Michèle s'affairer à ranger la cuisine et laver la vaisselle du déjeuner. Cette dernière avait insisté pour le faire toute seule.
-   Maman assieds-toi et prend un papier et un crayon pour écrire la liste d'emplettes à faire pour le souper. Je vais faire un ''  barbecue '', nous avons la température idéale pour cela ; je vais demander à Julien de venir le nettoyer et le déplacer pour que nous puissions nous installer en plein soleil.
-   Tu ne penses pas que tu devrais attendre de savoir si cet homme va accepter ? demanda madame St-Germain.
-   Il faut que nous mangions nous aussi non ? Et je devais de toute façon aller au village pour acheter de l'encre pour l'imprimante, précisa Michèle. J'ai promis à mon éditeur de respecter les délais.
-   Je suis si heureuse de te voir comme cela Michèle; vivante plus que jamais et si passionnée pour tout ce que tu fais et entreprend.

Madame St-Germain se leva pour prendre sa fille dans ses bras.

-   Dis-moi, je t’ai sentie émue quand tu as vu ce garçon, je veux dire, très émue…

Michèle regarda sa mère dans les yeux et les siens s’ambuèrent à la pensée de Sian, Daniel le lui rappelait tellement. Le temps avait passé si vite depuis leur dernière rencontre dans leur monde de  ''coma ''. Elle se surprenait parfois à penser que tout cela n’avait pas été réel. Mais elle voulait continuer à entretenir cette illusion qui n'en était plus une . Écrire un roman sur toute cette histoire le lui permettait et elle voulait aussi ne rien oublier. Elle était même prête à accepter que tout cela ne fut qu’un passage dans un monde hypnotique avec ses nuances de fluidité allant de doux instants à ceux hystériques. Mais celui qu’elle avait rencontré et qui répondait à tous les aspects de ce qu’elle cherchait chez un homme ; une âme-sœur qu’elle se désespérait de trouver jusqu’à ce qu’elle soit en sa présence. Ne fut-ce que présence de l’âme ou de l’esprit, elle était convaincue au plus profond d’elle-même qu’il existait quelque part dans ce monde terrestre. Mais il lui arrivait de douter, comme en cet instant. Devait-elle tout raconter à sa mère au risque qu’elle la juge déséquilibrée ?

-   Maman … est-ce que tu crois aux âmes ?  Aux rencontres des âmes …je veux dire pas uniquement sur ce plan où nous sommes ? Madame St-Germain esquissa un large sourire et croisa les bras devant elle.

-   Je me doutais bien que c’était quelque chose comme ça qui te préoccupait. Pourquoi crois-tu que je retourne en Inde ? …Bien sûr que je crois à tout cela. Je n’en parlais jamais parce que ton père était plus ou moins adepte de toutes ces théories, comme il disait. Michèle je suis contente que tu sois ouverte à cette dimension de l’être humain, nous avons tellement à apprendre encore et tant de peurs et préjugés à dépasser pour y avoir accès. Le chemin vers la vérité est sinueux et …

-   Maman…j’ai rencontré quelqu’un pendant que j’étais dans le coma. L’âme d’un homme extraordinaire ; je crois fortement que c’était mon âme-sœur. Je ne comprends pas encore tout, mais je me rappelle de tout. C’est d’ailleurs le sujet du roman que je suis en train d’écrire.

-   Et ce garçon lui ressemble ? …C’est peut-être lui Michèle ou une partie de lui.

Michèle fut subjuguée par le raisonnement de sa mère; elle ne la pensait tellement pas aussi ouverte d’esprit et aussi évoluée. Michèle prit sa mère dans ses bras et la serra très fort.

-   Maman tu ne peux pas imaginer à quel point tu me fais du bien; enfin je vais pouvoir partager avec quelqu’un toute cette aventure incroyable. C’est si présent en moi maman, je le sens ; je sens sa présence…partout…

Michèle éclata en sanglots ; elle pouvait enfin donner libre cours à ce trop plein de plusieurs mois. Elle s’était sentie si forte par moments et parfois si abattue et déchirée par le doute. Enfin quelqu’un de ce monde terrestre croyait à son histoire sans la juger ou la penser folle. Elle ne se serait jamais douté que ce fut sa propre mère qui lui aurait apporté tout ce soutien dont elle avant tant besoin pour mener jusqu’au bout cette quête dont elle avait fait une de ses principales raisons de vivre. Michèle se laissa bercer par sa mère. Bien qu’elle ne fut pas le genre à laisser qui que ce soit décider de sa vie ou de son destin, Michèle regarda sa mère avec une telle gratitude au fond des yeux.

-   Je ne force rien ma chérie. Quand tu te sentiras prête à tout me raconter, tu sais que je suis là. Mon Dieu et moi qui te quitte dans quelques jours pour partir en voyage; je ne peux pas te laisser comme ça  s’inquiéta madame St-Germain, mais en même temps je suis certaine que tout se passera bien ; la vie doit suivre son cours et …

Elles furent interrompues encore une fois par le bruit de moteur d’un bateau qui approchait. Madame St-Germain et sa fille se regardèrent quand elles virent Catherine et Daniel revenir sans le père de ce dernier. Elles sortirent sur la terrasse et eurent à peine le temps de saluer Daniel d’un geste de la main; ce dernier repartit aussitôt après avoir aidé Catherine à débarquer sur le quai.  

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LA PORTE ...39

*39*

 

 

Daniel était heureux de se retrouver enfin seul avec Catherine. Il en avait eu rarement l’occasion et il n’avait pas osé en provoquer non plus. Il ne se doutait pas que Catherine, chavirée par l’odeur de l’anorak de Daniel qu’elle avait enfilé à sa demande,  avait autant souhaité se retrouver en tête-à-tête avec lui. Mieux le connaître, percer son mystère car il était si discret et parfois si lointain. Mais en même temps elle soupçonnait une joie de vivre profonde et elle lui avait découvert un sens de l’humour suite à sa conversation avec Michèle.

-   Couvre-toi bien, c’est frais aujourd’hui sur le lac, le vent bourrasque, conseilla-t-il juste avant de mettre le moteur en marche. Catherine obéit et enfila aussi le capuchon, sous le regard amusé de Daniel.

Arrivés au quai, Catherine fut impressionnée par la façade de la maison. La forme et la couleur de celle-ci assez inusité, attiraient le regard autant que sa structure ; on aurait dit qu’elle fut construite autour d’une immense tour de pierres. Toute blanche et vitrée tout le tour, elle donnait plus l’aspect d’un poste d’observation. Un quai long à n’en plus finir et des flambeaux sur la petite plage qu’ils avaient aménagée brûlaient déjà, même à cette heure du jour. Daniel les éteignit au passage en spécifiant qu’à la demande de son père, il les avait laissés brûler toute la nuit.

-   Mon père est un original, il lui prend des idées comme ça sans qu’il m’explique pourquoi, précisa Daniel. On dirait qu’il a développé une nouvelle sensibilité à tout ; j’ai parfois l’impression qu’il lit dans mes pensées, ajouta Daniel nullement contrarié par ce fait.

-   Votre maison est si spéciale, on se croirait à une autre époque, observa Catherine. Je suis impressionnée, vraiment.

-   Mon père a été séduit par son architecture; il l’appelle la voyageuse …Encore là …allez savoir pourquoi, fit Daniel en souriant. Il dit que cette maison existe depuis la nuit des temps.

-   Vous l’aimez beaucoup votre père je crois, observa Catherine.

-   Oui …énormément. C’est un homme de respect ; il n’a jamais essayé de me modeler à son image ou me refiler ses visions ou façons de penser, alors que ma mère…

Daniel s’arrêta de parler, soudainement mal  à l’aise d’avoir abordé un sujet pénible. Catherine perçut de la peine dans le ton de sa voix. Elle lui sourit et tenta de faire diversion :

-   Qui s’occupe du jardin ? …il est magnifique, si ma mère voyait ça, s’exclama Catherine.

-   C’est moi, mais les idées viennent de mon père …

-   Il a tous les talents on dirait bien. Et toi Daniel quelle est ta passion dans la vie ? 

-   Mon travail me passionne ;  je fais de la recherche pour ‘’ Environnement Canada ‘’ plus précisément à  l’assainissement des eaux mais je me passionne aussi pour la musique, le théâtre ; les arts en général.

-   Intéressant mélange, taquina Catherine spontanément. Daniel sourit et lui demanda :

-   Et toi qu’est-ce qui te passionne ? dis-moi.

-   En ce moment je suis aux études mais j’ai pris une sabbatique pour me consacrer à ma mère. J’ai gardé quelques cours pour ne pas trop ‘’ rouiller ‘’. Si tout va bien je devrais reprendre tout ça à l’automne.

-   Et dans quel domaine tes études ?

-   En droit, répondit Catherine. Mais depuis l’accident de maman, je pense me diriger vers le droit médical. Je voulais faire médecine au début mais le droit m’attirait beaucoup aussi ,alors concilier les deux serait peut-être une voie qui me comblerait .

-   Je te le souhaite Catherine…Tiens voilà mon père…!!!

 

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LA PORTE ...38



*38*

 

 

Les trois femmes se levèrent pour l’accueillir. Michèle l’observa descendre du bateau et amarrer celui-ci au quai ; ses gestes lui parurent familiers. Lorsqu’il se dirigea vers elles, Michèle retint son souffle ; sa façon de marcher lui rappelait quelqu’un également.

-   Bonjour fit madame St-Germain. Quel bon vent vous amène aujourd’hui ? ajouta-t-elle gaiement

Elle avait remarqué que Catherine avait rougi à son approche. Fine observatrice, elle vit aussi dans les yeux de ce jeune homme une nouvelle lueur lorsqu’il salua plus longuement Catherine.

-   Voici Michèle ma fille, à qui vous avez sauvé la vie. Michèle voici Daniel Leroy , le fils de nos nouveaux voisins depuis bientôt 2 ans, c’est bien ça Daniel ?

Ce dernier tendit la main vers Michèle. Lorsqu’elle croisa son regard, un long frisson lui traversa le dos et son cœur s’affola. Elle n’avait plus de doute; il lui  rappelait Sian ; son énergie, ses mimiques. Catherine vit l’expression de sa mère changer du tout au tout mais elle n’en fit pas la remarque.

-   Oui c’est bien ça madame, confirma-t-il en soutenant le regard de Michèle. Un peu mal à l’aise de se faire reluquer ainsi, il ne perdit pas pour autant sa contenance ; il se racla la gorge et poursuivit en blaguant :

-   On dirait que vous avez vu un fantôme madame euh …

-   Appelez-moi Michèle, je vous demande pardon fit celle –ci en souriant, vous me rappelez quelqu’un que …

-   Ah ? fit madame St-Germain surprise,  quelqu’un du théâtre?

-   Non maman, je dirais plutôt un des personnages de mon nouveau roman. Un personnage que je visualisais tout à fait dans votre style, votre personnalité.  

-   Vous me voyez honoré, fit le jeune homme en portant sa main sur son cœur. J’ai hâte de le lire votre bouquin.

Michèle fut touchée une fois de plus par son dernier geste. Sian faisait souvent ce geste quand il parlait de ses sentiments ou qu’il était touché profondément par quelque chose.

-   Il n’est pas encore terminé précisa Michèle en le regardant tendrement. Elle lui prit les deux mains dans les siennes. Je ne sais comment vous remercier pour ce que vous avez fait pour moi, pour nous toutes. Catherine m’a dit que vous avez passé à plusieurs reprises pour prendre des nouvelles et vous assurez que tout allait bien pour elles aussi …Vraiment c’est très généreux de votre part. J’aimerais vraiment vous offrir …

-   Ce n’est rien Michèle, vraiment rien insista Daniel. Vous ne me devez rien. Ah si ! fit il soudainement, quand vous aurez terminé votre roman, j’accepterais d’en recevoir un exemplaire.

-   Avec plaisir Daniel, vous pouvez compter là-dessus.

-   Mon père sera très impressionné de me voir lui apporter le dernier roman de notre voisine et dédicacé à mon nom. Il lit beaucoup depuis son accident qui le confine dans un fauteuil roulant. C’est un de ses passe-temps favoris. Je pense même qu’il écrit un roman ou ses mémoires, je ne sais trop ; il est très secret.

-   Oh ! Je suis navrée pour son accident, fit Michèle. Qu’est–il arrivé ? Est-il resté paralysé ?

-   Une mauvaise chute de cheval, la colonne vertébrale endommagée. Il a été dans le coma un bon bout de temps…Il s’est réveillé voilà presque deux mois. Sa paralysie est temporaire, le médecin dit qu’il remarchera.

-   Mon Dieu quelle coïncidence fit Michèle,  as-t-il été amnésique lui aussi ?

-   Oui mais il a retrouvé toute sa mémoire, quelque part il a été très chanceux. Et c’est depuis ce temps qu’il n’arrête pas d’écrire.

-   Je comprends, fit Michèle. Elle pensa que ses visites ont dû faire beaucoup de bien à Catherine puisque qu’ils avaient vécu une épreuve similaire.

-   Vous allez rester dîner avec nous Daniel ? proposa madame St-Germain. Michèle laisse ce garçon tranquille. Tu le gênes avec toutes tes questions…

-   Oui restez, j’aimerais que vous me parliez d’avantage de votre père, insista-t-elle défiant sa mère d’un regard taquin. Cela a dû être très difficile pour votre mère aussi.

-   Je vous remercie madame, fit-il à regret reluquant Catherine, je dois m’occuper de mon père. Ma mère avait été très secouée par la nouvelle en effet, on a su qu’il serait paralysé seulement quand il s’est réveillé.

-   Bien sûr …Maman on pourrait les inviter aussi ?  Nous nous installerions sur la terrasse, comme ça l’accès serait plus facile pour le père de Daniel avec son fauteuil roulant. Qu’en penses-tu maman ?

-  C’est très gentil à vous, fit-Daniel. Ma mère n’habite plus avec nous ,je viendrais seul avec mon père. Je ne suis pas certain qu’il acceptera ; il est très casanier.

-  Ça lui fera du bien, insista madame St-Germain. Allez tout de suite lui faire part de notre invitation.Catherine accompagne-le et tâche de revenir avec les deux, plaisanta-t-elle.

 

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LA PORTE...37


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*37*

  

À ces derniers mots Michèle prit une longue inspiration. Sian se détourna d’elle et fit quelques pas en direction de la maison.

-   Où vas-tu ? demanda Michèle craintive.

-   Je reviens dans un instant, répondit Sian en montant l’escalier.

Michèle marcha jusqu’au bout du quai. Elle contempla la pleine lune et les milliers d’étoiles.Témoins de leur amour, ces beautés de la nuit devenues complices ce soir-là de cette nouvelle mission, semblaient déverser sur Michèle le courage et la foi dont elle avait besoin.  Elle voyait tant d’amour et de tendresse dans les yeux de Sian, dans le cœur de Sian. Il avait pleine confiance en elle. Il avait besoin d’elle. Elle sortit de sa rêverie en entendant ses pas sur le quai de bois. Il avait une petite bourse dans les mains faite d’une étoffe bleue sertie de petites pierres. Il en sortit un petit objet en argent, de la grosseur d’un œuf d’hirondelle. En forme de cœur le boîtier ciselé de couleur turquoise et grenat était magnifique. Sian prit la main de Michèle pour y déposer l'objet.

-   Tiens…garde-le précieusement…Ce cœur ne m’a jamais quitté depuis qu’il m’a été offert par le ‘’ Maître ‘’ peu de temps après mon arrivée ici. Michèle descendit du quai et s’approcha d’un des flambeaux pour admirer de plus près la beauté du boîtier en argent.

-   Il est magnifique…vraiment magnifique. Mais Sian, pourquoi me remets-tu cet objet tu sais bien que je ne peux pas l’amener avec moi, lui rappela Michèle.

-   Je veux que tu le gardes sur toi, qu'il soit imprégné de ton énergie. Ce cœur a voyagé dans le temps. La légende dit que c’est la lune qui aurait ordonné à une des étoiles de se détacher du ciel pour venir habiter ce cœur. Ouvre-le, insista Sian.

Michèle ouvrit le petit boîtier; ses mains tremblaient d’émotion. Dans le cœur il y avait un tout petit diamant. Ses yeux s’embuèrent à la vue de la petite pierre précieuse. Sian lui avait dit tant de fois que l’Amour est comme un diamant; inaltérable et pur. Il poursuivit l’histoire de la légende :

-   L’étoile qui s’est détachée du ciel niche dans ce cœur depuis la nuit des temps. Elle apporte avec elle les rêves et les désirs ainsi que la force et la foi nécessaires à leur réalisation.

-   Mon Dieu, je suis si émue Sian. Pendant que tu étais dans la maison, j’ai adressé une prière à la lune et aux étoiles, et voilà que toi, tu me remets ce trésor qui en plus contient l’une d’elles. Michèle remit le couvercle sur  le boîtier et referma  sa main sur celui-ci, puis sur son cœur. Elle prit Sian dans ses bras. Une joie indescriptible venait de la submerger; tous ses doutes se dissipèrent. Elle sentait une force en elle qui se réveillait à nouveau et qui la transportait.  Elle lui murmura à l’oreille :

-   Tout se passera bien maintenant…je le sais, fit Michèle convaincue.

-   Je te crois, fit Sian, je te crois. Je le vois dans tes yeux…je t’aime. Ils s’embrassèrent tendrement.

Une ode aux délicieux vertiges de désir et de fusion les berça longuement. Ce fut la dernière nuit qu’ils passèrent ensemble dans ce paradis où la Terre, le Ciel, la Mer, la douce brise du Vent et le Feu dansèrent en symbiose autour d’eux, tel un  ''sacre '' pour venir sceller leur Amour et protéger leur Destin.

***

Michèle se réveilla ce matin-là avec une joie au cœur qu’elle n’avait pas ressentie depuis longtemps. Sans trop chercher pourquoi elle se sentait si effervescente, elle accueillit ce fait avec beaucoup d’entrain, ça se voyait sur son visage.

-   Je suis si heureuse de te voir comme ça maman, fit Catherine en écoutant sa mère chantonner dans la cuisine en préparant le petit déjeuner.

Depuis deux mois maintenant que Michèle était sortie de l’hôpital; elle avait insisté pour prolonger son séjour à la maison de campagne. Elle avait promis au Dr Pelletier qu’elle ne ferait aucune folie et qu’elle irait à ses rendez-vous régulièrement; ce dernier ne put que s’incliner. Devant l’évidence du rétablissement de sa patiente, et suite aux multiples examens qui confirmèrent son retour à la santé, il lui signa son congé avec joie.

Madame St-Germain avait accepté de laisser sa fille toute seule avec Catherine en faisant promettre à cette dernière de téléphoner tous les jours à sa mère et venir tous les weekends.  

-   Maman…voyons tout se passera bien, je me sens en pleine forme. Je ne veux pas que tu remettes  ton voyage. Nos amis de l’auberge ne sont pas loin. Catherine va me laisser son ‘’ GPS’’ et…

-   Je t’adore et j’ai confiance en toi ma petite Michèle mais disons que ces derniers mois m’ont rendue quelque peu craintive. Et comme je te connais bien,  ainsi que ton esprit d’aventurière, je ne pars pas entièrement rassurée tu vois. S’il te prend encore de te baigner dans la rivière, il n’y aura personne pour le mettre en marche ce machin. C’est bien beau toutes ces nouvelles technologies mais elles ne peuvent pas tout prévoir et tout sauver.

Voyant la réelle inquiétude de sa mère, Michèle s’approcha d’elle et se pencha dans son dos pour l’entourer de ses bras.

-   Maman tout se passera bien. Pars la tête tranquille, en plus tous nos voisins qui demeurent autour du lac savent que je suis ici et ils m’ont tous assurés que je pouvais compter sur eux en tout temps. Julien va venir tous les jours pour s’occuper du jardin avec moi et …

Michèle fut  interrompue par le bruit  d’un moteur de bateau qui venait d’approcher du quai.

-   Tiens! Fit madame St-Germain, je vais pouvoir te présenter ton sauveteur avant mon départ pour l'Inde.


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LA PORTE...36

*36*

 

-   Michèle calme-toi fit Sian, amusé par son enthousiasme.

-   Comment veux-tu que je me calme, fit-elle attisée.

-   Je n’ai rien dit encore…Assieds-toi …Écoute-moi, insista-t-il tendrement lui prenant le bras.

Michèle s’assit au bout du quai les pieds dans le sable pour écouter la suite.

-   Ce jour-là, mon épouse et moi étions partis en excursion hyppique pendant laquelle j’ai fait une chute terrible. Mon cheval s’est cabré et je suis tombé dans un ravin …J’ai fait une commotion et le temps que les secours arrivent, ça s’est aggravé, provoquant un coma traumatique. Et je suis encore dans cet état…sur terre. Voilà …

-   Seigneur ! …fit Michèle déconcertée.

Elle se leva ébahie par toutes ces coïncidences de vie. Elle croyait bien sûr que le hasard n’existe pas, mais là, elle ne pouvait qu’en constater l’évidence, hors de tout doute.

-   Nous sommes deux comateux fit Michèle, sidérée.

Elle se leva pour marcher sur le quai et Sian la suivit.

-   Mais le gars en bateau, ce n’est pas toi alors ? questionna-t-elle en s’arrêtant net de marcher.

-   Non …c’est mon fils. C’est mon fils qui t’a sauvé la vie, répéta-t-il attendri.

Michèle le prit dans ses bras et le serra très fort contre elle.

-   C’est lui qui s’occupe de moi avec sa mère depuis ce temps.

-   Sa mère ? demanda Michèle promptement, reculant d’un pas. C’est vrai tu étais…es.. marié.

-   Oui…Nous somme restés en très bon termes après le divorce précisa Sian, une lueur d’amusement dans les yeux. Michèle rougit et baissa les yeux.

-   Ne rougis pas voyons…Viens ici, ordonna-t-il gentiment en ouvrant les bras. Viens ici près de mon cœur que je finisse mon histoire.

Michèle s’y nicha sans se faire prier et lui demanda :

-   Mais comment allons-nous…

-   Écoute…C’est là que ça devient très délicat. Et c’est là que d’être à l’écoute de ton intuition sera primordial, je dirais même crucial.

-   Mon Dieu, tu me fais peur fit Michèle, relevant la tête.

-   Justement il faudra que tu mettes cela…aussi…de côté…Pardon, ajouta Sian en voyant ses yeux embués. Je ne voulais pas te blesser.

-   Mais comment je vais savoir cela moi ? Comment vais-je deviner que tu es sur terre, dans le coma? Comment vais-je savoir où tu es ? Te rends-tu compte de l’énorme responsabilité. Et si je ne te trouve pas ?

-   Michèle …

-   Je comprends que ma mémoire est revenue pour ma famille et bien d’autres détails, mais vais-je me souvenir de toi ? De nous ?  Ici ?..C’est pas possible !!!

Sian s’écarta d’elle. Il lui tourna le dos. Il avait peur lui aussi malgré toute sa confiance qu’il mettait en elle.

-   Michèle, tu vas te souvenir de moi, de nous… ici …ce paradis.

Il se retourna face à elle et mit ses mains sur ses épaules.

-   Mais tu ne te souviendras pas de cette dernière conversation.

 

 

Manouchka ©